écriture
L’écriture, lit-on dans le Phèdre, ne répond pas de qu’elle avance : il y a une déresponsabilité ou irresponsabilité de l’écriture, dans la mesure précisément où l’écriture nous parvient en l’absence de son émetteur et comme son défaut ; s’il y a de l’écrit, c’est que la voix s’est tue, qu’elle n’est plus là ; l’écriture signale toujours, en tant qu’écriture, cet absentement, la mort de la présence vive, le retrait de la vivacité en général. Et certes, c’est bien par l’écriture que l’on apprend ce qui s’est dit, mais on ne l’apprend pas alors en tant que cela s’est dit, c’est-à-dire en tant que cela procédait d’une source vivante et jaillissant d’elle-même. L’écriture institue la parole, c’est-à-dire d’une certaine manière la transmet, la diffuse, la connaître, mais aussi la destitue en tant que parole, détruit ce qui était parole en cette parole. L’écriture est le tombeau de la parole : grâce à elle, on s’en souvient, mais en elle elle est mort.
Daniel Payot, « Événement, parodie, présence : le musée et l’exposition », in Le jeu de l’exposition, sous la direction de Jean-Louis Déotte, Pierre-Damien Huyghe, Paris, Harmattan, 1998, pp. 68-69.