racisme
Si le visage est bien le Christ, c’est-à-dire l’Homme blanc moyen quelconque, les premières déviances, les premiers écarts-types sont raciaux : homme jaune, homme noir, hommes de deuxième ou troisième catégorie. Eux aussi seront inscrits sur le mur, distribués par le trou. Ils doivent être christianisés, c’est-à-dire visagéifiés. Le racisme européen comme prétention de l’homme blanc n’a jamais procédé par exclusion, ni assignation de quelqu’un désigné comme Autre : ce serait plutôt dans les sociétés primitives qu’on saisit l’étranger comme un « autre * ». Le racisme procède par détermination des écarts de déviance, en fonction du visage Homme blanc qui prétend intégrer dans des ondes de plus en plus excentriques et retardées les traits qui ne sont pas conformes, tantôt pour les tolérer à telle place et dans telles conditions, dans tel ghetto, tantôt pour les effacer sur le mur qui ne supporte jamais l’altérité (c’est un juif, c’est un arabe, c’est un nègre, c’est un fou…, etc.). Du point de vue du racisme, il n’y a pas d’extérieur, il n’y a pas de gens du dehors. Il n’y a que des gens qui devraient être comme nous, et dont le crime est de ne pas l’être. La coupure ne passe plus entre un dedans et un dehors, mais à l’intérieur des chaînes signifiantes simultanées et des choix subjectifs successifs. Le racisme ne détecte jamais les particules de l’autre, il propage les ondes du même jusqu’à l’extinction de ce qui ne se laisse pas identifier (ou qui ne se laisse identifier qu’à partir de tel ou tel écart). Sa cruauté n’a d’égale que son incompétence ou sa naïveté.
Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille plateaux, Paris, Les éditions de minuit, 1980, p. 218.
* Sur la saisie de l’étranger comme Autre, cf. Haudricourt, « L’origine des clones et des clans », in L’Homme, janvier 1964, pp. 98-102. Et jaulin, Gens du soi, gens de l’autre, 10-18 (préface, p. 20).
If the face is in fact Christ, in other words, your average ordinary White Man, then the first deviances, the first divergence-types, are racial: yellow man, black man, men in the second or third category. They are also inscribed on the wall, distributed by the hole. They must be Christianized, in other words, facialized. European racism as the white man’s claim has never operated by exclusion, or by the designation of someone as Other: it is instead in primitive societies that the stranger is grasped as an “other.”** Racism operates by the determination of degrees of deviance in relation to the White-Man face, which endeavors to integrate nonconforming traits into increasingly eccentric and backward waves, sometimes tolerating them at given places under given conditions, in a given ghetto, sometimes erasing them from the wall, which never abides alterity (it’s a Jew, it’s an Arab, it’s a Negro, it’s a lunatic …). From the viewpoint of racism, there is no exterior, there are no people on the outside. There are only people who should be like us and whose crime it is not to be. The dividing line is not between inside and outside but rather is internal to simultaneous signifying chains and successive subjective choices. Racism never detects the particles of the other; it propagates waves of sameness until those who resist identification have been wiped out (or those who only allow themselves to be identified at a given degree of divergence). Its cruelty is equaled only by its incompetence and naivete.
Gilles Deleuze, Felix Guattari, A thousand plateaus, translation and foreword by Brian Massumi, University of Minnesota Press, Minneapolis, London, 1987, p. 199. (version PDF).
** On the stranger grasped as Other, see Andre Haudricourt, “Nature et culture dans la civilisation de l’igname: l’origine des clones et des clans,” L’Homme vol. 4, no. 1 (January-April 1964), pp. 98-102. And Robert Jaulin, Gens de soi, gens de I’autre (Paris: Union Generate d’Editions, 1973), preface, p. 20.