alter ego
La communication « naturelle » exige donc une proximité audiovisuelle, des intervalles ou un territoire assez restreints, mais aussi, un nombre réduit de communicants, possédant en commun des vocalisations ou autres signaux sémantiques*.
Jusqu’à une époque récente, nos mode de connaissance et de représentation (arts, sciences, religions, guerre, activités sociales et sexuelles, etc.) dépendaient autant de nous-même (corps propre) que de cette capacité inouïe à nous dédoubler en nous identifiant à cet alter ego, littéralement cet autre-moi qui nous permettait de « voir » ou plutôt de concevoir le réel a distance et faisait que notre point de vue possédait un relief social naturel. Un peu comme le faible écartement des yeux d’un même individu crée le relief de l’image qu’il perçoit, sa stéréoscopie, grâce au léger décalage spatiotemporel de la motilité oculaire.
Paul Virilio, L’art du moteur, Paris, Galilée, 1993, p. 21.
* D. L. Cheney et R. M. Seyfarth, « Truth and Deception in Animal Communication in Cognitive Ethology », Lawrence Erlbaum Ass., 1991.