collectivité
Il n’y a pas de production sans collectivité. Il n’y a pas de mots sans langage. Il n’y a pas d’art sans production et sans langage. L’art est avant tout cette synthèse. L’art est la construction d’un langage nouveau qui laisse tout d’abord entrevoir un être nouveau ; ensuite, lorsque l’art explose et que la synthèse du langage et de la nouveauté s’effectue - un nouvel élément de vie et de connaissance -, une autre dimension de l’éthique est, désormais devenue réelle. Nous sommes spinozistes jusqu’au bout - nous voyons l’être se construire à travers l’action du désir, comme continuation de l’appetitus, du conatus, du plaisir de vivre. Comme volonté de puissance. L’art est à l’évidence la première, mais aussi la plus belle et la plus pleine des configurations de ce formidable mouvement. À partir de la déconstruction, notre travail se tourne donc vers un processus collectif d’autovalorisation, de construction de circuits de valeur et de signification entièrement autonomes, libérés du marché, définitivement conscients de l’indépendance du désir.
Antonio Negri, Lettre à Manfredo, sur le travail collectif, 1988, Art et multitude, EPEL, Paris, 2005, p. 62.