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A4rizm

Jan 5 '11

accessoire

Cette photo passe pour être la première qui ait osé montrer les cadavres d’une guerre, l’esprit victorien s’y étant jusque-là refusé, notamment que sorte, le feu vert à la représentation des morts sur les futurs champs de bataille de la guerre de Sécession. «Représentation»? Oui, car il s’agit bien ici des reliefs d’un théâtre d’opérations : j’observe que les cadavres de Lucknow sont réduits à des accessoires de magasin, que le palais semble n’être qu’une façade de convenance pour «fermer» la scène et que le metteur en scène, pris dans l’élan de ses effets, donne l’impression d’avoir fait mettre, par le décorateur, la façade légèrement de biais, comme pour donner un peu de mou à l’horreur de la réalité. Felice Beato (deux fois «heureux» vraiment?) s’est posé la question de la frontalité, l’esquivant par deux fois : d’abord il a évité de faire un gros plan des squelettes, et puis il s’est arrangé avec cette façade qui se détourne un peu, comme on le voit, devant cet objectif empressé mais maussade.

C’est seulement maintenant que je prends conscience que Beato a intercalé délibérément des vivants entre les squelettes morts du premier plan et la façade morte du palais, comme si seuls des êtres vivants pouvaient véritablement donner l’échelle. Insistons : la mort n’est l’échelle de rien, c’est la vie qui l’est de tout.

Denis Roche, Le boîtier de mélancolie, Hazan, 1999, P. 38.

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