paradoxe
Baudelaire, déjà, rendait compte d’un paradoxe, lorsqu’il injuriait l’exactitude, la traitant non comme un effet matériel, un « pur effet » de l’acte photographique, — mais comme le credo d’une « multitude » dont Daguerre aurait été « messie »*. Ce que tous, dans la photographie, appelaient évidence, Baudelaire le nommait, déjà, croyance. Il alla plus loin ; il qualifia cette croyance des attributs de l’adultère, de l’imbécillité, du narcissisme, de l’obscénité, de la Grimace et de la Fatuité modernes, de l’aveuglement même, — et, surtout, de la vengeance : une vengeance imbécile de l’industrie sur l’art**. Grande, inépuisée querelle de l’art et de la science. Mais, art ou science, art ou sens***, — la querelle n’aura mérité que d’être relevée, dépassée. La photographie n’a peut-être jamais cessé de relève de la science, et donc à une relève des modes de leur coexistence. Cette relève s’est manifestée d’abord comme l’invention de moyens retors, inédits, de la figurativité des savoirs.
Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie, Paris, Macula, 1982, p. 63.
* Baudelaire C, œuvres complètes II, Gallimard, Paris, p. 617.
** Id. p. 617-618.
*** Barthes R, Le message photographique, Communications, N° 1, P. 127-138.
**** Benjamin W, Petit histoire de la photographie, Denoël, 1997, p. 57-59.