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medienkompetenz XXXXIV
Nam June Paik - Videotape Study #3 (1969)
Cela nous ramène à mon titre, à savoir l’étrange phénomène de l’interpassivité* : l’envers nécessaire de mon interaction avec l’objet n’est-il pas cette situation où l’objet lui-même s’approprie ma propre réaction passive de satisfaction (ou d’ennui ou de rire), m’en prive, de sorte que c’est l’objet lui-même qui prend plaisir au spectacle à ma place, me soulageant du devoir « surmoïque » de m’amuser…? De nos jours, selon les récents enquêtes américaines, même la pornographie fonctionne de plus en plus de façon interpassive. Les films classés X ne sont plus, avant tout, des moyens destinés à exciter l’utilisateur dans son activité solitaire de masturbation. Le simple fait de regarder l’écran sur lequel a lieu l’action est suffisant, c’est-à-dire qu’observer ommment les autres prennent du plaisir à ma place suffit à ma satisfaction.
Slavoj Zizek, La subjectivité à venir, Climats, 2004, traduction de l’anglais de François Théron, p. 29.
* Je m’appuie ici sur la contribution de mon ami Robert Pfaller, jeune philosophe autrichien, au congrès Die Dinge lachen en unsere stelle, Linz (Autriche), 8-10 octobre 1996.
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Ryoji Ikeda, Data Tron, installation audiovisuelle projetée sur un mur, où chaque pixel est calculé selon un principe mathématique, 2008, via globaltechno.files.wordpress.com
Ces casques à vision permettent un nouveau rapport d’intimité entre l’écran et notre esprit. Il y a une connexion directe aussi près que nous puissions être. Les casques à vision réduisent l’écart entre l’esprit et l’écran. Vous n’êtes pas simplement devant un écran, vous avez l’écran en pleine face. Avec la «vitrionique» cette écart sera bientôt réduit. La «vitrionique» est un développement technologique qui vise à placer des écrans directement dans nos yeux en tant que verres de contact. Nous pouvons appeler cela la «connexion directe esprit-machine».
Derrick de Kerckhove, Culture et médias numériques, Esthétique des arts médiatiques, presses de l’université du Québec, 2003, p. 61.
Luther redoutait que la prolifération de l’imprimé, dont il tira pourtant un si beau parti, ne se retournât contre la vérité du Livre en incitant à une lecture superficielle. Les frères Lumière et Heinrich Hertz ne semblent pas avoir eu la même prémonition pour l’image industrielle. C’est un fait pourtant que trop d’images tuent l’Image. L’inflation iconique a sa loi de Grecham, comme l’autre la mauvaise chasse la bonne. Albums, dépliants, magazines, affiches, enseignes et écrans nous barbouillent d’incitations visuelles, s’estompent les différences entre œuvres et produits, et toutes finalement perdent en intensité. L’ogre optique tire le trop-plein de l’environnement avec l’incurieuse agilité qui trahit le devenir-signe de nos images. Nous survolons tableaux et photos comme la une du journal ou l’affiche du métro ; et notre petit écran comme le trottoir où l’on marche, comme les voitures sur l’autoroute quand on veux doubler. L’image manque parce que le temps manque.
Régis Debray, Vie et mort de l’image, Gallimard, 1992, p. 65-66.
«Dans le couloir du métro : sur deux écrans publicitaires sont scotchées des pancartes “Staupe pub” dédicacées à Norbert Maire (de la régie publicitaire de la RATP)», Métro Saint Michel, Paris, 2010, via R.A.P
Le contrôle que nous avons perdu sur l’écran durant l’ère de la télévision, nous le regagnons avec l’ordinateur. «Screenager» est une expression de Douglas Rushkoff façonnée d’après «teenagers», catégorie d’âge bien connue. Les screenagers sont des jeunes qui utilisent la télévision comme un médium interactif : ils jouent de la télévision comme d’un médium interactif : ils jouent de la télévision avec des jeux vidéo, l’Internet, les cédéroms, etc. Ils savent comment contrôler l’écran alors que leur parents ne font que le regarder. Nous nous sommes initiés à l’interactivité avec la télécommande, la souris et le clavier. L’ordinateur permet un contrôle total de l’écran de sorte que nous partageons la responsabilité de la production du sens. Nous produisons du sens avec la machine et avec autrui.
Derrick de Kerckhove, Culture et médias numériques, Esthétique des arts médiatiques, presses de l’université du Québec, 2003, p. 55-56.
La télévision a changé de façon radicale la situation cognitive. Grâce à elle, ceux qui la regardent en même temps font ensemble l’expérience d’un même contenu. Ainsi l’écran est l’incontournable portrait où l’esprit public se constitue. Et ce rapport avec l’écran de télévision renverse l’orientation de l’esprit. Avec la télévision, mon esprit se dirige vers l’écran pour accéder au monde qu’il me montre. Quand je lis, l’information s’introduit et j’y pense de l’intérieur de mon esprit. Quand je suis devant l’écran, je renverse cela et j’externalise mes processus de pensée, ce qui est radicalement différent comparaison faite avec notre approche traditionnelle, soit celle de la lecture. Les écrans extériorisent la synthèse psychosensorielle. Avec les ordinateurs, nous négocions le sens qui apparaît sur l’écran et cela permet à plusieurs de nos stratégies cognitives de se relocaliser à l’extérieur de notre esprit privé. Nous sommes pour ainsi dire témoins d’une émigration de l’esprit de la tête vers l’écran. Tout l’esprit ne va pas à l’écran mais, quand même, une partie importante de celui-ci, et là il rencontre, bien sûr, d’autre esprits.
Derrick de Kerckhove, Culture et médias numériques, Esthétique des arts médiatiques, presses de l’université du Québec, 2003, p. 55.
Tout ce qui précède se fonde sur la prédominance de l’écran. L’écran est devenu le point d’entrée obligé au traitement connecté de l’information. La première étape fut la privatisation et l’internalisation de l’esprit dans des corps individuels. L’histoire de l’écriture en Occident révèle une sorte de privatisation de l’esprit comme s’il y avait un écran dans notre tête, comme si la cognition n’avait lieu que là. Quand vous lisez un roman, vous traduisez les mots en contenus sensoriels et votre esprit élabore des images qui se comportent comme des simulacres par une sorte de synthèse psychosensorielle. Vous imaginez des lieux et des gens. Vous animez ces personnage dans votre tête comme si vous projetiez un film interactif et malléable sur un écran interne. Et ce système d’information privé a été assez puissant pour permettre la redistribution du traitement de l’information des acteurs d’une tribu orale vers des individus de communautés indépendantes. Il a été donné à chacun de développer différents contenus et processus. Chacun a le potentiel de devenir scientifique ou écrivain. Ainsi la fiction deviendrait une expérience ou un mode de vie et de pensée qui serait fourmi par un seul individu, l’auteur, à un nombre indéterminé d’individus, les lecteurs.
Derrick de Kerckhove, Culture et médias numériques, Esthétique des arts médiatiques, presses de l’université du Québec, 2003, p. 55.
Je m’intéresse spécifiquement aux rapport entre technologie et psychologie. J’aborde cette problématique en me questinnant sur les façons dont les médias font un montage de notre milieu et comment, ce faisant, les médias font le montage aussi de leurs utilisateurs ; comment les gens sont transformés par leur emploi des médias auquels ils sont soumis quotidiennement. À titre d’exemple, une des questions qui doivent être étudiées est celle des effets des écrans sur nos façon de vire, de ressentir et de penser étant donné le temps que nous passons devant le téléviseur, l’ordinateur, le moniteur vidéo, le palmtop ou le téléphone cellulaire. Les écrans nous sont devenus tellement intimes - et nous le sont sans cesse davantage - que l’on pourrait les considérer comme des biotechnologies.
Derrick de Kerckhove, Culture et médias numériques, Esthétique des arts médiatiques, presses de l’université du Québec, 2003, p. 53.
Cette indistinction qui rend indifférence toute matière, il est tenant de la rapprocher de celle qui transforme discours, images ou musique en bits d’information. Avec la révolution informatique, toute matérialité, dit-on, se transforme en idéalité. Les idées, images et musiques, semblablement numérisées, courent librement d’écran en écran, en narguant ceux qui veulent affirmer sur elles le droit des propriétaires. Ainsi disparaîtrait le principe même du privilège de l’auteur : la différence entre les moyens de la création et les machines de la reproduction. Certains y voient la puissance du cerveau-monde ou de la machine-monde, faisant voler en éclats la propriété et la domination. Les prolétaires de tous les pays ne se sont pas unis pour enterrer la domination bourgeoise, mais la révolution technique aurait confirmé, au détriment de la propriété intellectuelle et artistique, l’autre grand prophétie du Manifeste communiste : «Tout ce qui est solide se dissipe dans l’air.» Travailleraient à un communisme inédit, en rendant toute réalité immatérielle, donc inappropriable.
Jaques Rancière, «Auteur mort ou artiste trop vivant?», 2003, Chronique des temps consensuels, Seuil, 2005, P.152.