filmer
La photographie, puis le cinéma ont servi de prolongements à la mémoire, quand ils ne se sont pas substitués complètement à elle. Chris Marker se demande dans son film San Soleil comment il est possible de se souvenir de tout ce que l’on vit sans le photographier, le filmer ou l’enregistrer. Les images qu’il filme sont sa mémoire. C’est aussi ce que Jonas Mekas dit d’une autre manière : « Moi je filme parce que je n’ai pas de mémoire, je ne peux me souvenir que de ce que je filme, et les souvenirs me reviennent quand je revois les images. C’est peut-être pour ça, au fond, que j’ai commencé à filmer, parce que je n’arrive pas pas à me souvenir des choses*. » La vidéo, en ce sens, remplit la même fonction, et la vidéo des familles en est la même preuve ; il est même possible de se décharger de sa mémoire en la confiant au support électronique, où elle peut rester longtemps, latente, sans être sollicitée, l’important étant de savoir que les souvenir sont là, et qu’il suffit de diffuser (de passer la bande) pour se souvenir, comme on rappelle un souvenir à la mémoire lorsque le besoin s’en fait sentir. Dans ce sens, la mémoire informatique remplit à son tour le même rôle, celui d’une décharge de la mémoire, avec un système de rangement qui tient compte de l’importance ou de la fraîcheur de l’information qui est déposée - mémoire vive, mémoire cache, mémoire vidéo désignent les capacité techniques de ordinateurs.
Françoise Parfait, Video : un art contemporain, Paris, Regard, 2001, p. 338.
* Jonas Mekas, en conversation avec Nam June Paik, Catalogue « Voilà », Musée d’art moderne de la ville de Paris, 2000, Supplément des Inrockuptibles n° 247, p. 59.