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Antonello da Messina, Salvator mundi (Christ Blessing), 1465, via wikipedia
La tétralogie de Thomas Mann, Joseph et ses frères, écrite entre 1926 et 1942, est par excellence une « exploration historique et psychologique » des textes sacrés qui, racontés avec le ton souriant et sublimement ennuyeux de Mann, du coup ne sont plus sacrés : Dieu qui, dans la Bible, existe depuis toute éternité devient, chez Mann, création humaine, invention d’Abraham qui l’a fait sortir du chaos polythéiste comme une déité d’abord supérieure, puis unique ; sachant à qui il doit son existence, Dieu s’écrie : « C’est incroyable comme ce pauvre homme me connaît. Ne commencé-je pas à me faire un nom par lui? En vérité, je m’en vais l’oindre. »
Milan Kundera, Les Testament trahis, Paris, Gallimard, 1993, Œuvre, vol. 2, Paris, Gallimard, 2011, p. 753.
Si bien que les lettres ont beau ne pas représenter des idées, elles se combinent entre elles comme les idées, et les idées se nouent et se dénouent comme les lettres de l’alphabet*. La rupture du parallélisme exact entre représentation et graphisme permet de loger la totalité du langage, même écrit, dans le domaine général de l’analyse, et d’appuyer l’un sur l’autre le progrès de l’écriture et celui de la pensée**. Les mêmes signes graphiques pourront décomposer tous les mots nouveaux, et transmettre, sans crainte d’oubli, chaque découverte, dès qu’elle aura été faite ; on pourra se servir du même alphabet pour transcrire différentes langues, et faire passer ainsi à un peuple les idées d’un autre. L’apprentissage de cet alphabet étant très facile à cause du tout petit nombre de ses éléments, chacun pourra consacrer à la réflexion et à l’analyse des idées le temps que les autres peuples gaspillent à apprendre les lettres. Et c’est ainsi qu’à l’intérieur du langage, très exactement en cette pliure des mots où l’analyse et l’espace se rejoignent, naît la possibilité première mais indéfinie du progrès. En sa racine, le progrès, tel qu’il est défini au XVIIIe siècle, n’est pas un mouvement intérieur à l’histoire, il est le résultat d’un rapport fondamental de l’espace et du langage : « Les signes arbitraires du langage et de l’écriture, donnent aux hommes le moyen de s’assurer la possession de leurs idées et de leurs idées et de les communiquer aux autres ainsi qu’un héritage toujours augmenté des découvertes de chaque siècle ; et le genre humain considéré depuis son origine paraît aux yeux d’un philosophe un tout immense qui lui-même a, comme chaque individu, son enfance et ses progrès***. » Le langage donne à la perpétuelle rupture du temps la continuité de l’espace, et c’est dans la mesure où il analyse, articule et découpe la représentation, qu’il a le pouvoir de lier à travers le temps la connaissance des choses. Avec le langage, la monotonie confuse de l’espace se fragmente, tandis que s’unifie la diversité des successions.
Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, pp. 128-129.
* Condillac, Grammaire, chap. 2.
** Adam Smith, Considérations sur l’origine et la formation des langues, p. 424.
*** Turgot, Tableau des progrès successifs de l’esprit humain, 1750 (Œuvres, éd. Schelle, p. 215).
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Krzysztof Wodiczko, Le porte parole, 1994, Coutesy Galerie Gabrielle Maubrie, via rhizome.org
Krzysztof Kieslowski, The office (Urzad), 1966.
Krzysztof Kieslowski, L’usine (Fabryka), 17’, 1970.
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Soldiers at Civil Rights Protest | March 29, 1968 | Memphis, Tennessee, USA | © Bettmann/CORBIS
U.S. National Guard troops block off Beale Street as Civil Rights marchers wearing placards reading, “I AM A MAN” pass by on March 29, 1968. It was the third consecutive march held by the group in as many days. Rev. Martin Luther King, Jr., who had left town after the first march, would soon return and be assassinated.
Certes, la vérité absolue, la valeur absolue, sont inaccessibles. Pour l’homme, dans son assujettissement terrestre empirique, n’existe que l’état de vérité maximale, l’état de valeur maximale.
Malgré tout : derrière le cogito, derrière le sum, derrière tout intuition, se trouve, comme savoir humain ultime, un savoir qui concerne la solitude, l’isolement et la solitude de la mort ; derrière tout pensée, il y a l’angoisse - de sorte que derrière toutes les valeurs se trouve la non-valeur de la mort, la non-valeur comme un absolu qui est présent de manière permanente, parce qu’il est le néant dont nous sommes enveloppés et dans lequel « Dieu trône endeuillé ».
Hermann Broch, Logique d’un monde en ruine, traduit de l’allemand par Christian Bouchindhomme, Paris-Tel-Aviv, Éditions de l’éclat, 2005, pp. 23-24.
Aujourd’hui, le tourisme est la première industrie du monde, avant celle du pétrole, du nucléaire ou de l’automobile. Il contribue pour 10 % chaque année à la croissance mondiale. Il a connu une légère baisse en 2001, à la suite des attentats du 11 septembre et d’une année du bimillénaire à tous égards exceptionnelle. Il y a eu, en 2001, 689 millions de touristes à travers le monde, au lieu de 697 millions l’année précédente, la croissance du nombre de touristes a été de 4.3 % par an durant les dix dernières années. Sauf catastrophe politique internationale, on prévoit pour 2015 environ 1.6 milliard de touristes pour une population de 7 à 8 milliards d’humains.
Yves Michaud, L’art à l’état gazeux, Paris, Éditions stock, 2003, p. 39.
De « l’armement » de l’appareil photographique à « l’œil armé » du reporter ou du militaire en attendant la vidéo-surveillance policière, l’objectif dirige avec violence le regard humain sur les êtres et les choses, simplement, parce que, nous dit Wisemann, les nouvelles techniques le permettent. « Dès l’instant où j’ai possédé une caméra, poursuit Reichenbach, je n’ai plus éprouvé aucun intérêt à être avec les gens, à vivre parmi eux, sans les filmer… »
La caméra sera désormais entre lui et toute chose et le miracle du cinéma industriel sera de reproduire à des millions d’exemplaires cette rupture primordiale de la communication.
Paul Virilio, L’art du moteur, Paris, Galilée, 1993, p. 22.
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Leonardo da Vinci. Coition of Hemisected Man and Woman (c. 1492)
Beside the man’s head he wrote: Here I want to show the cause of countless ills and displeasure.
How is babby formed?
(via jamesishollywood)