texte
Tous les textes sont différents. Il faut essayer de ne jamais les soumettre à « une même mesure ». Ne jamais les lire « du même œil ». Chaque texte appelle, si on peut dire, un autre « œil ». Certes, dans une certaine mesure, il répond aussi à une attente codée, déterminée, à un œil et à une oreille qui le précèdent et le dictent, en quelque sorte, ou l’orientent. Mais pour certains textes rares, l’écriture tend aussi, pourrait-on dire, à dessiner la structure et la physiologie d’un œil qui n’existe pas encore et auquel l’événement du texte se destine, pour lequel il invente parfois sa destination, autant qu’il se règle sur elle. À qui un texte s’adresse-t-il ? Jusqu’à quel point cela peut-il se déterminer, du côté de l’« auteur » ou du côté des « lecteurs » ? Pourquoi un certain « jeu » reste-t-il irréductible et même indispensable dans cette détermination même ? Questions aussi historiques, sociales, institutionnelles, politiques.
Jacques Derrida, Elisabeth Weber, Points de suspension, Paris, Galilée, 1992, p. 230.

![Mattheiu Paris, Socrate et Platon, frontispice de Prognostica Socratis basilei, 1230-1259, via Utpictura18
Couverture de La Carte postale (Socrate et Platon, frontispice de Prognostica Socratis basilei, XIIIe siècle). « Socrate écrivant, écrivant devant Platon […] comme le négatif d’une photographie à développer depuis vingt-cinq siècles - en moi bien sûr […] Socrate, celui qui écrit - assis, plié, scribe ou copiste docile, le secrétaire de Platon, quoi. Il est devant Platon, non, Platon est derrière lui […] mais debout…»
Oxford, Bodleian Library, ms. Ashmole 304, fol. 31 v°.
Geoffrey Bennington, Jacques Derrida, Jacques Derrida, Éditions du seuil, 1991, p. 333.](http://25.media.tumblr.com/tumblr_lj12z8IMmT1qaw03ro1_500.jpg)


