identité
Qu’est-ce qu’un individu ? Où réside son identité ? Tous les romans cherchent une réponse à ces question. En effet, par quoi un moi se définit-il ? Par ce qu’un personnage fait, par ses action ? Mais l’action échappe à son auteur, se retourne presque toujours contre lui. Par sa vie intérieure donc, par les pensées, par les sentiments cachés ? Mais un homme est-il capable de se comprendre lui-même ? Ses pensées cachées peuvent-elles servir de clé pour son identité ? Ou bien l’homme est-il défini par sa vision du monde, par ses idées, par sa Weltanschauung ? C’est l’esthétique de Dostoïevski : ses personnage sont enracinés dans une idéologie personnelle très originale selon laquelle ils s’agissent avec une inflexible logique. En revanche, chez Tolstoï l’idéologie personnelle est loin d’être une chose stable sur laquelle l’identité individuelle puisse être fondée : « Stéphane Arcadiévitch ne choisissait ni ses attitude ni ses opinions. Non, les attitudes et les opinions venaient seules vers lui, de même qu’il ne choisissait pas la forme de ses chapeaux ou de ses redingotes mais prenait ce qu’on portait » (Anna Karénine). Mais si la pensée personnelle n’est pas le fondement de l’identité d’un individu (si elle n’a pas plus d’importance qu’un chapeau), où se trouve ce fondement ?
Milan Kundera, Les Testament trahis, Paris, Gallimard, 1993, Œuvre, vol. 2, Paris, Gallimard, 2011, p. 755.