À quelque époque que ce soit, l’artiste peut vouloir lutter contre ces illusion et contre ces cavernes. En 1997, quatre grandes exposition-manifestations l’ont montré : Face à l’histoire (Centre Pompidou, Paris), Les Années 30 en Europe, le temps menaçant (musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris), Politiques et poétiques (Documenta X, Kasser) et Étique, Esthétique, Politique (Rencontres internationales de photographie, Arles). Certains artistes actuellement partagent cette volonté. Les illusions sont toujours pour une part idéologiques ; ce qui maintenant est nouveau, c’est l’importance des médias et de la communication — au sens le plus général du terme — et la multiplicité des images nouvelles — photos, images de cinéma, images de télévision, images de synthèse, images médicales, etc. L’artiste qui veut critiquer ces illusions va donc devoir critiquer ces images. Un paradoxe alors apparaît quand l’artistes ou de leur utilisation : comment critiquer l’image et l’illusion justement grâce à des image? Au cinéma, Jean-Luc Godard et d’autres construisent leur œuvre dans cette direction. Qu’en est-il en photographie? En quoi, avec cet art, une œuvre critique peut-elle se déployer, sachant avec Jean Lacroix que «critique ne signifie rien d’autre qu’examen et liberté*»?
François Soulages, Esthétique de la photographie, Nathan, Paris, 1998, p. 205.
* In Recherche et dialogue philosophique et économique, n° 4, p. 11.