Le Nebreda qui est au moment de la photographie dans un état que nous qualifierons de stable - puisque le Nebreda photographiant n’existe qu’entre les crises -, tente peut-être avec cette composition de figurer sa personne disséminée, divisée en fragments de lui-même, et encore en fragments d’un autre lui-même… Toutefois, si la légende désigne les yeux de l’autre, le titre de l’œuvre est Les yeux et la peau de l’autre. Si l’on cosidère qu’un titre concerne une œuvre dans sen ensemble, qu’il ne s’applique pas qu’à une partie de celle-ci, on peut supposer qu’il aurait pu être : Les yeux, la peau, les ongles de l’autre et un morceau de laine du matelas sur lequel il naquit. Ainsi, on peut imaginer que ce titre renvoie à un autre supplémentaire, que ces morceaux de Nebreda photographiés donnent, d’une certaine façon, corps à nouveau Nebreda : ce Nebreda photographie se distinguerait, dans ce sen,de Nebreda-même, fragmenté dans l’œuvre, représenté par des parties de son corps, et encore du Nebreda-schizophrène, fragmenté en lui-même, désigné au centre de la composition. L’œuvre, la photographie devient alors une facette de plus au prisme identitaire schizophrénique de cet homme. Suivant cette idée, il est possible qu’il identifie au personnage entravé de la reproduction, comme une représentation du schizophrène en lui, asservi par la maladie, s’acheminant vers une destination incertaine - il ne peut voir, et la schizophrénie est une maladie évolutive pouvant prendre des formes variables dont on ne peut présager avec certitude. Toutefois, son escorte avançant au rythme du tambour, on peut imaginer qu’une potence, ou quelque autre médium de mort l’attend.
Carole Bregeon, L’autoportrait photographique et l’auto-thérapie : Urs Lüthi, Arnulf Raner, David Nebreda, Université Paris VIII, 2002, p. 96.