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Posts tagged Van Gogh

Nov 23 '11
Mar 18 '11
Nov 24 '10

punir

Van Gogh n’est pas mort d’un état de délire propre, 

mais d’avoir été corporellement le champ d’un problème autour duquel, depuis les origines, se débat l’esprit indique de cette humanité,

celui de la prédominance de la chair sur l’esprit, ou du corps sur la chair, ou de l’esprit sur l’un et l’autre.

Et où est dans ce délire la place du moi humain?

Van Gogh chercha le sien pendant toute sa vie, avec une énergie et une détermination étranges.

Et il ne s’est pas suicidé dans un coup de folie, dans la transe de n’y pas parvenir,

mais au contraire il venait d’y parvenir et de découvrir ce qu’il était et qui il était, lorsque la conscience générale de la société, pour le punir de s’être arraché à elle,

le suicida.

Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société, Gallimard, 1974, (Édition K, 1947), p. 35-36.

Nov 24 '10
Vincent Van Gogh, via artsregion

Vincent Van Gogh, via artsregion

Nov 23 '10

déshabiller l’âme

L’œil de Van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je le vois me disséquer moi-même du font de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens, en ce moment vivre en lui, mais celui d’un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie.

Non, Socrate n’avait pas cet œil, seul peut-être avant lui le malheureux Nietzsche eut ce regard à déshabiller l’âme, à délivrer le corps de l’âme, à mettre à nu le corps de l’homme, hors des subterfuges de l’esprit.

Le regard de Van Gogh est pendu, vissé, il est vitré derrière ses paupières rares, ses sourcils maigres et sans un pli.

C’est un regard qui enfonce droit, il transperce dans cette figure taillée à la serpe comme un arbre bien équarri.

Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, 

où ce regard parti contre nous comme la bombe d’un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le remplit.

Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société, Gallimard, 1974, (Édition K, 1947), p. 88-89.

Nov 20 '10

exproprier

Des médecins, français, se félicitent de cette situation, quand ils ne la provoquent pas, ou ne l’aggravent pas à des fins de “recherche”, comme ils disent. Car cette situation leur permet de mener des enquêtes ayant pour objet les effets de la malnutrition sur des organismes scientifiques… Un homme, d’abord témoin et victime de cet enfer, va décider de résister, de ce battre. Il s’appelle Antonin Artaud. Son transfert à l’asile de Rodez est un des épisodes de cette résistance. Mais l’arme d’Artaud, c’est d’abord celle de son écriture. Artaud avait été dépossédé de son pouvoir d’écriture et c’est par la reconquête de celle-ci qu’il sait pouvoir rentrer en possession de son corps, de sa mémoire, de sa pensée, dont il avait été cruellement dépossédé. Le suicidé de la société, qu’il soit Van Gogh, Nerval, Hölderlin, Villon, Baudelaire, Rimbaud, Poe, Nietzsche ou lui, Artaud, est un homme qu’on a tenté d’exproprier de son corps, dont on a voulu araser la mémoire, détruite en lui les forces de son esprit.

Jacques Henric, Ne laissons pas les morts enterer les vivantsImage et politique, Colloque sous la présidence Paul Virilio, Actes sud/AFAA, 2007, p. 154.

Aug 3 '10

éveiller

Je m’éveille chaque matin en me disant que sur cette petite planète polluée, où fourmillent injustices, horreurs et camps de concentration, il y a eu un Shakespeare, un Schubert, un Mozart, un Platon et de nombreux écrivains qui ont été à leur hauteur, de façon très différente. Chaque année, je lis avec mes collègues une pièce de Shakespeare que j’étudie au mot à mot et chaque mois d’octobre j’entre dans le monde cohérent de Dante ou de Kafka en choisissant une nouvelle pièce. Une seule page de Kafka comprend à elle seul une trilogie shakespearienne. Je suis chaque surpris de constater que les documents, les films, les témoignages de visu sont peut-être morts tandis que la fiction est vraie, et que j’aime à vivre d’après elle. Je donne à mes élèves la phrase d’Aristote «Étonnez-vous, quel paradoxe» pour sujet de réflexion. Je sais aussi que lorsqu’Oscar Wilde affirme que la nature imite toujours l’art, il ne fait qu’adapter ce paradoxe. Aristote aurait compris ce que j’exprime dans Réelles présences lorsque j’écris que les aqueducs ont des chaussures et sont en marche depuis que Paul Klee les a peints avec des chaussures. En France, les cyprès sont en flammes sur les routes du Midi, depuis que Van Gogh les a vus en flammes vertes et tous les tricycles d’enfant qui s’avancent dans les rues de Paris sont devenus des taureaux sauvages depuis que Picasso en a pris la selle avec les deux branches en corne en disant : «Voilà, c’est un taureau qui s’avance vers nous.» Personne ne l’avait compris, créer ce qui est déjà, c’est ce qui m’intéresse.

George Steiner et Ramin Jahanbegloo, Entretiens de George Steiner et Ramin Jahanbegloo, Recueil établi et préfacé par Ramin Jahanbegloo, Éditoin du Félin, Paris, p. 146-147.