consommation d’œuvre
Selon Benjamin, la reproductibilité mécanique condamne l’aura c’est-à-dire l’existence unique de œuvre au lieu où elle se trouve, une expérience simultanée du proche et du lointain de l’œuvre, de son authenticité.
Dans son principe même, l’œuvre reproductible est libre de toute sujétion à un espace et à un temps, elle perd son lien à une filiation et à une tradition. Elle s’offre à tous et en série, elle est, à tous les sens du terme, accessible.
C’est aux masses que s’adressent ces œuvres nouvelles. On passe du culte qui n’a même pas besoin de public à l’exposition, de l’expérience singulière à l’appropriation collective dans l’exposition et à la « publicité ». Aux expériences auratiques de l’authenticité se substituent des expériences de la distraction engendrées par la consommation d’œuvres faites pour être continuellement reproduites et diffuées.
Benjamin voyait juste, - mais son diagnostic concerne en fait toute la culture d’aujourd’hui.
Yves Michaud, La crise de l’art contemporain, Paris, Quadrige / PUF, 1997, p. 65.