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Posts tagged ordre

Mar 5 '14

surhomme

La vrai contestation du positivisme et de l’eschatologie n’est donc pas dans un retour au vécu (qui à vrai dire les confirme plutôt en les enracinant) ; mais si elle pouvait s’exercer, ce serait à partir d’une question qui sans doute semble aberrante, tant elle est en discordance avec ce qui a rendu historiquement possible toute notre pensée. Cette question consisterait à se demander si vraiment l’homme existe. On croit que c’est jouer le paradoxe que de supposer, un seul instant, ce que pourraient être le monde et la pensée et la vérité si l’homme n’existait pas. C’est que nous sommes si aveuglés par la récente évidence de l’homme, que nous n’avons même plus gardé dans notre souvenir le temps cependant peu reculé où existaient le monde, son ordre, les êtres humains, mais pas l’homme. On comprend le pouvoir d’ébranlement qu’a pu avoir, et que garde encore pour nous la pensée de Nietzsche, lorsqu’elle a annoncé sous la forme de l’événement imminent, de la Promesse-Menace, que l’homme bientôt ne serait plus, - mais le surhomme ; ce qui, dans une philosophie du Retour voulait dire que l’homme, depuis bien longtemps déjà, avait disparu et ne cessait de disparaître, et que notre pensée moderne de l’homme, notre sollicitude pour lui, notre humanisme dormaient sereinement sur sa grondante inexistence. Nous qui nous croyons liés à une finitude qui n’appartient qu’à nous et qui nous ouvre, par le connaître, la vérité du monde, ne faut-il pas nous rappeler que nous sommes attachés sur le dos d’un tigre ?
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 332-333.

Feb 24 '14

connaître le langage

L’ordre classique du langage s’est maintenant refermé sur lui-même. Il a perdu sa transparence et sa fonction majeure dans le domaine du savoir. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, il était le déroulement immédiat et spontané des représentations ; c’était en lui d’abord qu’elles recevaient leurs premiers signes, qu’elles découpaient et regroupaient leurs traits communs, qu’elles instauraient des rapports d’identité ou d’attribution ; le langage était une connaissance et la connaissance était de plein droit un discours. Par rapport à toute connaissance, il se trouve donc dans une situation fondamentale : on ne pouvait connaître les choses du monde qu’en passant par lui. Non parce qu’il faisait partie du monde dans un enchevêtrement ontologique (comme à la Renaissance) mais parce qu’il était la première ébauche d’un ordre dans les représentations du monde ; parce qu’il était la manière initiale, inévitable, de représenter les représentations. C’est en lui que toute généralité se formait. La connaissance classique était profondément nominaliste. À partir du XIXe siècle, le langage se replie sur soi, acquiert son épaisseur propre, déploie une histoire, des lois et une objectivité qui n’appartiennent qu’à lui. Il est devenu un objet de la connaissance parmi tant d’autres : à côté des êtres vivants, à côté des richesses et de la valeur, à côté de l’histoire des événements et des hommes. Il relève peut-être de concepts propres, mais les analyses qui portent sur lui sont enracinées au même niveau que toutes celles qui concernent les connaissances empiriques. Ce surhaussement qui permettait à la grammaire générale d’être en même temps Logique et de s’entrecroiser avec elle, est désormais rabattu. Connaître le langage n’est plus s’approcher au plus près de la connaissance elle-même, c’est appliquer seulement les méthode du savoir en général à un domaine singulier de l’objectivité.
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 308-309.

Feb 10 '14

rationalisme

Le semblable qui avait été longtemps catégorie fondamentale du savoir — à la fois forme et contenu de la connaissance — se trouve dissocié dans une analyse faite en termes d’identité et de différence ; de plus, et soit indirectement et comme de plain-pied, la comparaison est rapportée à l’ordre ; enfin la comparaison n’a plus pour rôle de révéler l’ordonnance du monde ; elle se fait selon l’ordre de la pensée et en allant naturellement du simple au complexe. Par là, toute l’épistémè de la culture occidentale se trouve modifiée dans ses disposition fondamentales. Et en particulier le domaine empirique où l’homme du XVIe siècle voyait encore se nouer les parentés, les ressemblances et les affinités et où s’entrecroissaient sans fin le langage et les choses — tout ce champ immense va prendre une configuration nouvelle. On peut bien, si on veut, la désigner du nom de « rationalisme » ; on peut bien, si on n’a rien dans la tête que des concepts tout faits, dire que le XVIIe siècle marque la disparition des vieilles croyance superstitieuses ou magiques, et l’entrée, enfin, de la nature dans l’ordre scientifique. Mais ce qu’il faut saisir et essayer de restituer, ce sont les modifications qui ont altéré le savoir lui-même, à ce niveau archaïque qui rend possibles les connaissances et le mode d’être de ce qui est à savoir.
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 68.

Feb 5 '14
magictransistor:

Agostino Ramelli’s ‘Le diverse et artificiose machine’ (Archimedean Screw-pump), Paris, c.1588.

magictransistor:

Agostino Ramelli’s ‘Le diverse et artificiose machine’ (Archimedean Screw-pump), Paris, c.1588.

Feb 4 '14

ordre

Dans l’étude que voici, c’est cette expérience qu’on voudrait analyser. Il s’agit de montrer ce qu’elle a pu devenir, depuis le XVIe siècle, au milieu d’une culture comme la nôtre : de quelle manière, en remontant, comme à contre-courant, le langage tel qu’il était parlé, les êtres naturels tels qu’ils étaient perçus et rassemblés, les échanges tels qu’ils étaient pratiqués, notre culture a manifesté qu’il y avait de l’ordre, et qu’aux modalités de cet ordre les échanges devaient leur lois, les êtres vivants leur régularités, les mots leur enchaînement et leur valeur représentative ; quelles modalités de l’ordre ont été reconnues, posées, nouées avec l’espace et le temps, pour former le socle positif des connaissances telles qu’elles se déploient dans la grammaire et dans la philosophie, dans l’histoire naturelle et dans la biologie, dans l’étude des richesses et dans l’économie politique. Une telle analyse, on le voit, ne relève pas de l’histoire des idées ou des sciences : c’est plutôt une étude qui s’efforce de retrouver à partir de quoi connaissances et théories ont été possible ; selon quel espace d’ordre s’est constitué le savoir ; sur fond de quel a priori historique et dans l’élément de quelle positivité des idées ont pu apparaître, des sciences se constituer, des expériences se réfléchir dans des philosophies, des rationalités se former, pour, peut-être, se dénouer et s’évanouir bientôt. Il ne sera donc pas question de connaissances décrites dans leur progrès vers une objectivité dans laquelle notre science d’aujourd’hui pourrait enfin se reconnaître ; ce qu’on voudrait mettre au jour, c’est le champ épistémologie, l’épistémè où les connaissances, envisagées hors de tout critère se référant à leur valeur rationnelle ou à leur formes objectives, enfoncent leur positivité et manifestent ainsi une histoire qui n’est pas celle de leur perfection croissante, mais plutôt celle de leurs conditions de possibilité ; en ce récit, ce qui doit apparaître, ce sont, dans l’espace du savoir, les configurations qui ont donné lieu aux formes diverses de la connaissance empirique. Plutôt que d’une histoire au sens traditionnel du mot, il s’agit d’une « archéologie* ».
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 13.
* Les problèmes de méthode posés pas une telle « archéologie » seront examinés dans un prochaine ouvrage.

Feb 4 '14

épistémè

Or, cette enquête archéologique a montré deux grandes discontinuités dans l’épistémè de la culture occidentale : celle qui inaugure l’âge classique (vers le milieu du XVIIe siècle) et celle qui, au début du XIXe marque le seuil de notre modernité. L’ordre sur fond duquel nous pensons n’a pas le même mode d’être que celui des classiques. Nous avons beau avoir l’impression d’un mouvement presque ininterrompu de la ratio européenne depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, nous avons beau penser que la classification de Linné, plus ou moins aménagée, peut en gros continuer à avoir une sorte de validité, que la théorie de la valeur chez Condillac se retrouve pour une part dans le marginalisme du XIXe siècle, que Keynes a bien senti l’affinité de ses propres analyses avec celles de Cantillon, que le propos de la Grammaire générale (tel qu’on le trouve chez les auteurs de Port-Royal ou chez Bauzée) n’est pas si éloigné de notre actuelle linguistique, — toute cette quasi-continuité au niveau des idées et des thèmes n’est sans doute qu’un effet de surface ; au niveau archéologique, on voit que le système des positivités a changé d’une façon massive au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle. Non pas que la raison ait fait des progrès ; mais c’est que le mode d’être des choses et de l’ordre qui en les répartissant les offre au savoir a été profondément altéré. Si l’histoire naturelle de Tournefort, de Linné et de Buffon a rapport à autre chose qu’à elle-même, ce n’est pas à la biologie, à l’anatomie comparée de Cuvier ou à l’évolutionnisme de Darwin, c’est à la grammaire général de Bauzeé, c’est à l’analyse de la monnaie et de la richesse telle qu’on la trouver chez Law, chez Véron de Fortbonnais ou chez Turgot. Les connaissances parviennent peut-être à s’engendrer, les idées à se transformer et à agir les unes sur les autres (mais comment ? les historiens jusqu’à présent ne nous l’ont pas dit) ; une chose en tout cas est certaine : c’est que l’archéologie, s’adressant à l’espace général du savoir, à ses configurations et au mode d’être des chose qui y apparaissent, définit des systèmes de simultanéité, ainsi que la série des mutations nécessaires et suffisantes pour circonscrire le seuil d’une positivité nouvelle.
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 13-14.

Feb 3 '14

humanismes

Ainsi l’analyse a pu montrer la cohérence qui a existé, tout au long du l’âge classique entre la théorie de la représentation et celles du langage, des ordres naturels, de la richesse et de la valeur. C’est cette configuration qui, à partir du XIXe siècle, change entièrement ; la théorie de la représentation disparaît comme fondement général de tous les ordres possibles ; le langage comme tableau spontané et quadrillage premier es choses, comme relais indispensable entre la représentation et les êtres, s’efface à son tour ; une historicité profonde pénètre au cœur des choses, les isole et les définit dans leur cohérence propre, leur impose des formes d’ordre qui sont impliquées par la continuité du temps ; l’analyse des échanges et de la monnaie fait place à l’étude de la production, celle de l’organisme prend le pas sur la recherche des caractères taxinomiques ; et surtout le langage perd sa place privilégiée et devient à son tour une figure de l’histoire cohérente avec l’épaisseur de son passée. Mais à mesure que les choses s’enroulent sur elles-mêmes, ne demandant qu’à leur devenir le principe de leur intelligibilité et abandonnant l’espace de la représentation, l’homme à son tour entre, et pour la première fois, dans le champ du savoir occidental. Étrangement, l’homme — dont la connaissance passe à des yeux naïfs pour la plus vieille recherche depuis Socrate —n’est sans doute rien de plus qu’une certaine déchirure dans l’ordre des choses, une configuration, en tout cas, dessinée par la disposition nouvelle qu’il a prise récemment dans le savoir. De là sont nées toutes les chimères des nouveaux humanismes, toutes les facilites d’une « anthropologie », entendue comme réflexion générale, mi-positive, mi-philosophique, sur l’homme. Réconfort cependant, et profond apaisement de penser que l’homme n’est qu’une invention récente, une figure qui n’a pas deux siècles, un simple pli dans notre savoir, et qu’il disparaîtra dès que celui-ci aura trouvé une forme nouvelle.
Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, Paris, 1966, p. 14-15.

Dec 24 '13

commentaire

Le cabinet et son appendice le catalogue vont permettre le croisement du lisible et du visible. Jean Céard, dans le texte du catalogue de l’exposition intitulée Tous les savoirs du monde organisée à la Bibliothèque Nationale en 1997, explique que les deux principaux ordres de classement sont, à la Renaissance, le commentaire et l’arrangement. Le commentaire est issu de la notion d’individu créateur d’un texte original fondé sur tous les autres, instituant le sujet dans sa spécificité de compilateur éclairé. Il s’agit en effet, à l’instar de Montaigne, « d’enquérir plutôt qu’instruire ». Le commentaire, à la Renaissance, est un dialogue avec les Anciens. C’est un long voyage où l’auteur s’essaie :
« Le commentateur y fait l’essai (experitur) de ce qu’il peut apporter. C’est ainsi que les écrivains construisent une œuvre propre, en explorant par le commentaire, l’explication des œuvres d’autrui (…) Les écrivains de cette sorte devraient être dits non pas tant explicateurs de l’œuvre d’autrui qu’auteur d’une œuvre propre »*.
Dans l’ordre du cabinet, le commentaire appartiendra à l’ordre du lisible, c’est lui qui rendra crédible la collection.
Christine Davenne, Modernité du cabinet de curiosité, L’harmattan, Paris, 2004, p. 116.
*Céard Jean, De l’Encyclopédie au commentaire, du commentaire à l’encyclopédie, in catalogue de l’exposition « Tous les savoirs du monde », Paris, Bibliothèque Nationale de France/Flammarion, 1996, p. 164.

Dec 23 '13

solution

En effet, nous avons le tors de croire que le vrai et le faux concernent seulement les solutions, ne commencent qu’avec les solutions. Ce préjugé est social (car la société, et le langage qui en transmet les mots d’ordre, nous « donnent » des problèmes tout faits, comme sortis des « cartons administratifs de la cité », et nous imposent de les « résoudre », en nous laissant une maigre marge de liberté). Bien plus, le préjugé est infantile et scolaire : c’est le maître d’école qui « donne » des problèmes, la tâche de l’élève étant d’en découvrir la solution. par là nous sommes maintenus dans une sorte d’esclavage.

Gilles Deleuze, Le bergsonisme, Quadrige / PUF, Paris, 1966, p.

Dec 9 '13

Lire le journal

deligne:

Si lire le journal est la prière de l’homme mo­derne, écrire un journal est un acte de foi d’un ordre supérieur. On ne se contente pas de se mettre à l’écoute des autres pour se couler paresseusement dans le flot de l’Histoire. On se met à l’écoute attentive de soi pour s’en écarter, nager à contre-courant. On parie que la vie d’un individu, si banale et monotone, si pauvre soit-elle, touche, par sa simplicité même, à l’éternité.

Jean Clair, Journal atrabilaire

Dec 3 '13
"Le principe d’équivalence est libérateur et désinhibant. Niant l’échec, il rejoint le proverbe balinais : « Nous n’avons pas d’art, nous faisons tout le mieux possible. » En réalité, il nie autant l’échec que la réussite. Il nie autant le fait d’avoir tort que le fait d’avoir raison.
Robert Filliou : «  Moi j’ai choisi la carrière artistique, par exemple, parce que je ne veux pas avoir raison. Je ne veux pas avoir l’air d’avoir raison. C’est une chose que j’aime, cette liberté dans l’art, ce n’est pas la peine d’avoir raison à notre niveau. »
(…) Le Bien fait est de l’ordre du talent. Le Mal fait est de l’ordre du génie car il introduit et marque une différence. Le Pas fait est l’idée, le concept, l’énoncé, l’imagination, la créativité, l’envie des possibles à venir. Donc, le plus riche et le plus intéressant. Ou alors pas d’envie du tout, juste le rien de la non-réalisation formelle. Le calme sans fin. Sans limite.
Le principe d’équivalence s’articule comme un programme de l’apprentissage. Il traite des expériences du modèle, de la répétition de l’espèce. Accepter le modèle et se soumettre à lui : Bien fait. Remettre en question le modèle et le déformer : Mal fait. Ne pas se soucier du modèle et ne pas en proposer d’autre : Pas fait. Le principe d’équivalence évoque les incessantes transformations, modifications, déviations, métamorphoses qui tracent le chemin de la vie."
Pierre Tilman, Robert Filliou, Nationalité poète, 2006 (via areashape)

(Source: abridurif)

Nov 28 '13

dictionnaire

Le dictionnaire est constitué d’une suite de définitions reliées par un ordre arbitraire. Chaque définition comprend des exemples illustratifs et des citations. L’expansion infini est la règle d’une structure à la fois ouverte est stricte permettant la codification écrite de la langue. Les collections encyclopédiques sont apparues lorsque, du fait des explorations de nouveaux mondes d’une part, de la relecture philosologique des anciens d’autre part, les systèmes de classification zoologique et botanique se sont trouvé confrontés aux classification et nomenclatures antiques de Pline l’Ancien et de Dioscoride. Ces classements formèrent une cacophonie extraordinaire et constituèrent la première archéologie des classements.
Christine Davenne, Modernité du cabinet de curiosité, L’harmattan, Paris, 2004, p. 112.

Aug 10 '13

art du rangement

La topique des rhéteurs et des dialecticiens se proposait donc, au XVIe siècle, comme une science du rangement universel. C’est très précisément d’une exigence de fondation rationnelle de cet art du rangement, d’une exigence de mise en ordre de l’ordre, qu’est né le « musée ». Il faut prendre garde au fait que « musée » ne désigne pas alors un rassemblement d’œuvres d’art : pour cela on dispose d’autres vocables. « Galerie », studiolo, par exemple, ou encore tribuna, ou « grotte » s’imposent peu à peu pour désigner ces rassemblements inédits, que les hommes du XVIe siècle apprennent à nommer*.
Patricia Falguières, Les chambres des merveilles, Paris, Bayard, 2003, p. 41.
* Sur l’apparition des galeries et des studioli, voir les études exemplaires de Wolfram Prinz, Die Entstehung der Galerie in Frankreich und Italien, Berlin, Gebr. Mann Verlag, 1970, et Wolfgang Liebenwein, Studiolo. Die Entstenhung eines Raumtyps und seine Entwicklung bis um 1600, Berlin. Gebr. Mann Verlag, 1977, ainsi que l’incontournable Gli Uffizi, quattro secoli di una galleria, Atti del Convegno Internazionale di Studi (Florence, 20-24 septembre 1982), sous la direction de Paola Barocchi et Giovanna Ragionieri, 2 vol., Florence, Olschki, 1983.

Feb 2 '13

multiplicité

La philosophie est la théorie des multiplicités. Toute multiplicité implique des éléments actuels et des éléments virtuels. Il n’y a pas d’objet purement actuel. Tout actuel s’entoure d’un brouillard d’images virtuelles. Ce brouillard s’élève de circuits coexistants plus ou moins étendus, sur lesquels les images virtuelles se distribuent et courent. C’est ainsi qu’une particule actuelle émet et absorbe des virtuels plus ou moins proches, de différents ordres. Ils sont dits virtuels en tant que leur émission et absorption, leur création et destruction se font en un temps plus petit que le minimum de temps continu pensable, et que cette brièveté les maintient dès lors sous un principe d’incertitude ou d’indétermination.
Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, Flammarion, 1996, p. 179.

Jun 15 '12

valeur de figurabilité

Le placement et l’arrangement des objets dans le musée les dote en effet d’une valeur de figurabilité. Qu’il s’agisse d’un fétiche africain, d’un tableau de Rembrandt ou encore d’une araire, l’objet fait potentiellement image, à la fois apparition visuelle et nœud de figures renvoyant à divers ordres de réalité. En ce sens, le ready-made n’est rien d’autre que l’énoncé incarné des conditions minimales par lesquelles un objet accède, au XXe siècle — et jusque à quand ? — à la qualité d’image. Son apparition ne manifeste pas, comme on a pu le croire et voulu le faire croire, l’impossibilité, voire l’interdiction, de peindre ou de sculpter : jamais les praticiens n’ont été aussi nombreux. Elle manifeste le basculement dans un régime des objets où « article ordinaire de la vie » et œuvre d’art traditionnelle dépendent des mêmes conditions de figuration pour devenir image.

Jean-Philippe Antoine, « Une expérience démocratique de l’art ? Du Marcel Duchamp à Joseph Beuys », in Six rhapsodies froides sur le lieu, l’image et le souvenir, Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 139.